📰 Ce qui a réellement été annoncé

Le communiqué du 9 septembre 2026 décrit un projet de rapprochement destiné à créer une plateforme technologique européenne intégrée. Les faits bruts, tels qu'ils figurent dans le communiqué :

  • Groupe combiné valorisé plus de 10 milliards d'euros ;
  • 2 millions de clients finaux, plus de 15 000 cabinets d'expertise comptable accompagnés ;
  • plus de 13 millions de bulletins de paie par mois en Europe, dont plus de 8 millions pour Silae seule en France ;
  • 1 400 développeurs réunis ;
  • finalisation visée au premier semestre 2027, sous réserve de la consultation des instances du personnel et de l'approbation des autorités réglementaires compétentes ;
  • Christian Pedersen prend la direction de Cegid puis du groupe combiné, Pierre Cesarini continue de diriger Silae au sein du groupe.

⚠️ Le point que peu de titres relèvent

Silver Lake est actionnaire majoritaire de Cegid depuis 2016 et de Silae depuis 2020, et le restera dans la nouvelle entité. Ce n'est donc pas « Cegid rachète son concurrent Silae » : c'est le fonds qui possède déjà les deux qui décide de les fusionner industriellement. La différence n'est pas cosmétique — elle change tout le raisonnement juridique, on y revient plus bas.

Autre correction utile : Shine n'arrive pas avec la fusion. La néobanque pour indépendants et TPE, passée de Société Générale à Ageras puis revendue, a été rachetée par Cegid le 26 novembre 2025 pour plus d'un milliard d'euros — la plus grosse acquisition de l'histoire du groupe lyonnais. Le compte pro, les paiements et les services financiers étaient donc déjà dans le périmètre Cegid avant l'annonce d'aujourd'hui.

🔢 Recouper les chiffres : ce qu'ils mesurent vraiment

C'est là que le communiqué mérite d'être lu lentement. Les grands nombres sont exacts, mais ils ne mesurent pas ce qu'un lecteur pressé leur fait dire.

« 13 millions de bulletins par mois » n'est pas un chiffre français

Le communiqué précise « en Europe ». Or Silae seule annonce plus de 8 millions de bulletins par mois en France. De son côté, la page produit de Cegid affiche « 36 millions de bulletins de paie en France » sans préciser l'unité de temps. Ce chiffre ne peut être qu'annuel : à 36 millions par mois, Cegid produirait à lui seul près de deux fois plus de bulletins qu'il n'y a de salariés du privé en France. Rapporté au mois, cela donne environ 3 millions.

Le calcul se referme proprement : 8 millions (Silae France) + environ 3 millions (Cegid France) ≈ 11 millions par mois en France, ce qui laisse quelque 2 millions pour le reste de l'Europe dans le total de 13 millions annoncé. Autrement dit, cet ensemble « européen » est très largement français, et très largement Silae.

Le vrai chiffre à retenir n'est pas dans le communiqué

L'Urssaf comptait 20,2 millions de salariés du secteur privé fin décembre 2024. Les 8 millions de bulletins mensuels revendiqués par Silae représentent donc, en ordre de grandeur, environ quatre bulletins de paie du privé sur dix. Un bulletin n'est pas exactement un salarié — temps partiels, multi-employeurs, apprentis, contrats courts faussent la comparaison, et il s'agit d'un chiffre auto-déclaré par l'éditeur. Mais la magnitude est là, et elle est cohérente avec les 950 000 entreprises que Silae revendique sur sa propre page.

« 2 millions de clients » est une addition, pas un décompte

Silae annonce 950 000 entreprises. Cegid, lors du rachat de Shine, visait « plus d'un million de TPE-PME et 15 000 experts-comptables ». La somme fait bien 2 millions — mais une TPE dont le cabinet tient la comptabilité sur Cegid et la paie sur Silae est très probablement comptée deux fois. Ce chiffre mesure une surface commerciale cumulée, pas un nombre d'entreprises distinctes.

Tableau de lecture des chiffres annoncés

Un chiffre juste peut induire en erreur si on ne sait pas ce qu'il compte. Voilà comment je les lis.

Chiffre annoncé Ce qu'il mesure vraiment Réserve
13 M bulletins / mois Volume européen du groupe combiné Dont ~11 M en France, dont ~8 M Silae
2 M clients finaux Addition des deux bases installées Double comptage probable des TPE communes
15 000 cabinets Cabinets partenaires ou clients cumulés Ordre de la totalité de la profession en France
36 M bulletins (Cegid) Volume France, lecture annuelle Unité non précisée sur la page produit
10 Md€ de valorisation Valeur d'entreprise du nouvel ensemble Valorisation privée, non cotée, non auditée publiquement
1 400 développeurs Effectif R&D cumulé Ne dit rien de la part réellement affectée à l'IA

🎯 Pourquoi je parle d'ultra-monopole en cabinet comptable

Sur le marché français de la paie pris globalement, il n'y a pas de monopole, et il ne faut pas l'écrire. Sage, ADP, PayFit, Nibelis, Cegedim, ACD, Agiris et plusieurs solutions spécialisées restent des acteurs sérieux, particulièrement en entreprise directe et sur les ETI et grands comptes.

Mais il existe un sous-marché très précis : le logiciel de production sociale utilisé par les cabinets d'expertise comptable pour produire la paie de leurs clients TPE-PME. Et là, les chiffres ne racontent plus la même histoire.

L'IFEC, l'un des deux syndicats de la profession comptable, a interrogé ses confrères en mars 2021 — environ 1 000 réponses en deux semaines. Sur le volet paie et social, le dossier écrit noir sur blanc :

« Ces trois dernières années, nous avons assisté à une concentration importante des éditeurs et, sans surprise, SILAE et les autres solutions de paie de CEGID se partagent près de 70 % du marché. »

— IFEC, dossier « Les outils numériques dans les cabinets », mars 2021

Éditeur (paie et social en cabinet) Part des réponses Satisfaction /20
Silae 44 % 18,40
Autres solutions de paie Cegid 24 % 12,93
Sage-Coala 7 % 13,26
ACD 7 % 13,87
Agiris 7 % 14,73
Les 6 éditeurs de tête représentent 90 % des réponses, pour 27 éditeurs cités.

44 + 24 = 68 %. Et il faut être précis sur ce que ce nombre est : une répartition des réponses d'un panel de cabinets syndiqués, pas une mesure notariée de parts de marché nationales. C'est un indicateur, pas un relevé d'huissier.

Sauf qu'il est corroboré par deux sources indépendantes et plus récentes. En octobre 2024, la présidence du Conseil national de l'ordre des experts-comptables évoquait environ 80 % des professionnels du secteur utilisant Silae. Et une question écrite déposée à l'Assemblée nationale le 22 octobre 2024 par le député Hubert Ott avançait « plus de 80 % des professionnels » et « plus de 50 % des déclarations sociales françaises » transitant par cet éditeur.

C'est ce chiffre-là qui compte, pas les 13 millions

Une part de 68 à 80 % observée dès avant la fusion sur le segment des cabinets est un signal beaucoup plus fort que n'importe quel volume affiché dans un communiqué. Les orientations de la Commission européenne considèrent qu'en dessous de 40 % de part de marché la position dominante est peu probable ; à partir de 50 %, elle est généralement présumée. On est très au-dessus.

D'où la formule que j'assume : pas de monopole national de la paie, mais un ultra-monopole en cabinet comptable. Pour une TPE-PME qui externalise sa paie, le choix du logiciel n'est d'ailleurs presque jamais le sien : c'est celui de son cabinet. Sur ce trajet-là — cabinet → TPE-PME → paie externalisée — l'alternative existe sur le papier bien plus que sur le terrain.

⚖️ Le feu vert date de 2020, pas de 2027

Réflexe naturel : « l'Autorité de la concurrence va bien regarder ça ». Le communiqué mentionne d'ailleurs l'approbation des autorités réglementaires compétentes. Mais le raisonnement mérite d'être poussé, parce qu'il donne un résultat contre-intuitif.

Le contrôle des concentrations s'intéresse aux opérations qui entraînent un changement durable de contrôle. Une réorganisation interne à un groupe, où le même actionnaire réunit deux sociétés qu'il détient déjà, ne constitue en principe pas une concentration au sens du droit de la concurrence : il n'y a pas de nouvelle indépendance perdue.

Or la prise de contrôle exclusif de Silae par Silver Lake a déjà été examinée et autorisée : décision 20-DCC-102 du 12 août 2020, en procédure simple, l'Autorité ayant estimé que l'opération n'était pas susceptible de porter atteinte à la concurrence sur les marchés concernés. Silver Lake détenait déjà Cegid depuis 2016.

Conséquence pratique

La fenêtre du contrôle des concentrations sur le rapprochement Cegid-Silae s'est très probablement refermée en août 2020. Ce qui reste ouvert, ce n'est pas le contrôle structurel, c'est le contrôle des comportements : l'abus de position dominante. Une position dominante n'est pas illégale en soi — c'est son abus qui l'est, et il doit être démontré, pratique par pratique.

Ce n'est pas une hypothèse d'école : la profession a déjà emprunté cette voie. L'IFEC a annoncé début octobre 2024 saisir l'Autorité de la concurrence, l'éditeur ayant été prévenu par courrier du 18 septembre 2024. Les griefs formulés alors : des hausses tarifaires « brutales et injustifiées », la fermeture des interfaces de programmation (API) et des offres tout-en-un limitant la liberté des cabinets de choisir des outils concurrents. Les représentants de la profession évoquaient une stratégie de verrouillage par intégration verticale.

Interrogé par le député Hubert Ott, le ministère de l'Économie a répondu le 3 juin 2025 en rappelant précisément cette architecture : l'acquisition a été autorisée par la décision 20-DCC-102, la sanction d'un abus suppose de démontrer des prix excessifs sans rapport raisonnable avec la valeur du service, et les professionnels lésés peuvent porter plainte ou demander des mesures conservatoires. Traduction : le dossier est entre les mains de ceux qui subissent, pas d'un régulateur qui s'autosaisirait.

🔁 Le scénario a déjà tourné trois fois

Ce qui rend cette annonce sérieuse, ce n'est pas la théorie du verrouillage. C'est qu'on dispose déjà de trois précédents documentés, sur six ans, avec le même enchaînement : fin de vie annoncée d'un produit, migration vers la solution cible du groupe, coût à la charge du client.

Date Événement Effet sur les clients
2016 Silver Lake prend le contrôle de Cegid
Août 2020 Silver Lake prend le contrôle de Silae (décision 20-DCC-102) Autorisation en procédure simple
Fin 2020 Cegid annonce la fin de maintenance de Cegid Expert PGI et Quadratus « on premise », conservés par plus de 1 100 cabinets Migration vers le cloud Cegid ; délai supplémentaire de 6 mois obtenu, à des conditions financières décrites comme onéreuses par l'IFEC
Sept.-oct. 2024 Silae notifie par lettre recommandée une nouvelle grille tarifaire au 1er janvier 2025, avec résiliation des contrats en cours De 2-3 € à environ 7 € par bulletin selon la profession, soit un facteur 2 à 3, adossé à la suite mySilae
30 oct. 2024 Silae révise sous pression Hausse étalée sur 2025-2027, tarif spécifique sous 10 salariés, suppression de la facturation au dossier, remises pluriannuelles — mais objectif de hausse maintenu à trois ans
Nov. 2025 Cegid rachète Shine pour plus d'un milliard d'euros Le compte pro et les paiements entrent dans la suite
Mai 2026 Cegid annonce l'arrêt de HR Sprint, au motif que la solution ne pourra pas intégrer les évolutions réglementaires à venir Silae désignée comme solution cible
Sept. 2026 Annonce du rapprochement Cegid-Silae Finalisation visée au S1 2027

Deux précisions d'honnêteté sur ce tableau. Le chiffre de 99,3 % de confrères « déçus ou en colère » circule à propos du sondage IFEC de 2024 : je le cite comme un indicateur de température, pas comme une mesure. Et l'affirmation selon laquelle le coût de la migration HR Sprint serait intégralement supporté par le client final provient d'un article de presse spécialisée ; je n'ai pas trouvé de communication de Cegid la confirmant, et je ne l'écris donc pas comme un fait établi.

Ce qui est établi, en revanche, c'est la direction. Trois fois en six ans, un produit a été arrêté ou renchéri, et la sortie proposée menait à l'intérieur du même groupe.

🔗 Le vrai sujet n'est pas la paie, c'est le chaînage

Concentrons-nous une seconde sur ce que le groupe assemble réellement :

Côté Cegid

Comptabilité, fiscalité, ERP et finance, facturation électronique — et, depuis Shine, compte professionnel, paiements et services financiers.

Côté Silae

Moteur de paie, DSN, RH, gestion des temps, contrats, coffre-fort numérique, prévoyance et santé, BI sociale.

Le communiqué affiche explicitement l'objectif de faire circuler nativement les données entre comptabilité, fiscalité, paie, RH, facturation électronique, banque et paiement. C'est un projet industriel cohérent, et honnêtement séduisant pour un cabinet qui passe ses journées à recoller des fichiers entre cinq outils.

Mais c'est aussi la définition exacte du coût de sortie. Un logiciel dominant, on le remplace : c'est douloureux, c'est un projet, ça se fait. Une chaîne intégrée comptabilité → paie → RH → facturation → banque, on ne la remplace pas par morceaux, parce que chaque brique retirée casse une intégration qui justifiait les autres. C'est du verrouillage par intégration, et c'est structurellement plus puissant qu'une part de marché.

Le calendrier ajoute une pression que personne n'a choisie : la réception de factures électroniques est obligatoire pour toutes les entreprises depuis le 1er septembre 2026, et l'obligation d'émission s'étend aux TPE-PME au 1er septembre 2027. Soit exactement la fenêtre où la fusion doit se finaliser. Beaucoup d'entreprises vont choisir leur plateforme de facturation électronique dans les douze prochains mois, sous contrainte réglementaire, et le chemin le plus court passera par l'éditeur qui tient déjà leur compta et leur paie.

🤖 « Leader IA européen » : la partie marketing

Autant le dire franchement : c'est le titre du communiqué, et c'est la partie la moins solide.

1 400 développeurs et une volonté affichée d'investir davantage dans l'IA, très bien. Mais le communiqué ne démontre pas l'existence d'une technologie d'IA propriétaire qui ferait de ce groupe un leader européen du domaine. Ce qu'il démontre, c'est autre chose, et c'est bien plus solide :

  • des données comptables, sociales, fiscales et bancaires sur des millions d'entreprises ;
  • une expertise réglementaire — plus de cent textes par an à intégrer dans un moteur de paie ;
  • un parc installé considérable et un réseau de prescripteurs, les experts-comptables ;
  • des coûts de migration élevés et une intégration qui les augmente encore.

Voilà le vrai fossé défensif. L'IA vient se greffer dessus — ce qui, soit dit en passant, est une position bien plus enviable que d'avoir la meilleure IA sans les données ni le parc.

🧾 Si vous travaillez en cabinet d'expertise comptable

C'est vous qui êtes au centre de cette opération, et pas comme spectateur. Le cabinet est le seul acteur de la chaîne qui paie la facture, porte la responsabilité de la paie devant le client et subit la rupture de service si quelque chose casse. L'entreprise cliente, elle, ne voit qu'un bulletin arriver.

Premier point, et il est désagréable : la diversification que beaucoup de cabinets croient avoir n'existe plus. Tenir la comptabilité sur Cegid et la paie sur Silae ressemblait à deux fournisseurs. Depuis 2020, c'est un seul actionnaire — et à partir de 2027, ce sera une seule entreprise, avec une seule direction commerciale et une seule feuille de route produit. Le jour où une négociation se tend sur la paie, il n'y a plus de second fournisseur avec qui la compenser.

⚠️ Le vrai actif du cabinet n'est pas dans l'export

Ce qui a de la valeur dans un dossier de paie, ce n'est pas la donnée brute : c'est le paramétrage. Les rubriques créées au fil des années, les profils, les spécificités de convention collective, les modèles de contrats, les règles d'absence propres à chaque client. Un export standard restitue des salariés et des cumuls. Il ne restitue presque jamais dix ans de paramétrage. C'est précisément ce qui rend une migration si chère — et ce qui donne sa force à une grille tarifaire envoyée en recommandé.

Ce que je regarderais dès maintenant, à la place d'un cabinet

Point à traiter Pourquoi c'est urgent en 2026
Chiffrer le coût de sortie, dossier par dossier Pas « est-ce qu'on part ? », mais « combien ça coûterait ? ». Un cabinet qui connaît le chiffre négocie ; un cabinet qui l'ignore accepte
Documenter le paramétrage hors de l'outil Rubriques, profils, règles par convention : c'est le poste le plus coûteux à reconstituer, et le seul que vous pouvez sécuriser sans l'accord de l'éditeur
Modéliser la hausse au bulletin sur trois ans L'échelonnement obtenu en 2024 court jusqu'en 2027. Le point d'arrivée est connu : mieux vaut l'avoir dans un tableau que le découvrir en janvier
Décider qui absorbe la hausse Absorber ou refacturer ? Quelques euros de plus par bulletin sur un client de huit salariés, c'est une ligne à justifier chaque mois. Ce choix se prépare, il ne s'improvise pas au moment de la facture
Inventorier ce qui dépend d'une API Portail client, imports de variables, tableaux de bord, connecteurs maison : chaque outil branché sur une API de l'éditeur est exposé à un changement de conditions d'accès
Traiter la facturation électronique comme un choix distinct L'échéance du 1er septembre 2027 pour vos clients TPE-PME va servir d'argument commercial. Elle n'oblige pas à prendre la brique de votre éditeur de paie
Passer par le collectif, pas seul En 2024, ce n'est pas un cabinet isolé qui a fait bouger une grille tarifaire en trente jours : c'est la profession organisée. Le rapport de force individuel n'existe pas à 44 % de part de marché

Et une remarque de fond, parce qu'elle est trop rarement dite : dans l'enquête IFEC, Silae obtient la meilleure note de satisfaction de tout le sondage, 18,40/20, très loin devant les autres solutions de paie. Ce n'est pas un mauvais produit qu'on subit — c'est un excellent produit dont on dépend. C'est une situation plus inconfortable, parce qu'elle enlève l'argument facile du mécontentement technique et laisse seulement la question du rapport de force.

🛠️ Si vous êtes l'entreprise cliente

Je ne recommande à personne de fuir Silae ou Cegid : ce sont des produits solides. Le sujet n'est pas la qualité du logiciel. Le sujet, c'est de ne pas se retrouver, en 2028, sans aucune option.

Action Pourquoi maintenant Effort
Sortir un export complet de vos données et l'ouvrir Vérifier que le bouton existe ne suffit pas. Un export qui ne contient ni l'historique, ni le paramétrage, ni les documents du coffre-fort n'est pas une porte de sortie 1/2 journée
Faire figurer l'accès API et le format d'export dans le contrat Une API documentée sur un site web se referme sans préavis. Une API contractuelle, non Prochain renouvellement
Modéliser le budget au bulletin sur 3 ans La hausse 2024 était échelonnée jusqu'en 2027. Le point d'arrivée est connu : mettez-le dans un tableau plutôt que de le découvrir en janvier 2 heures
Documenter votre paramétrage hors de l'outil Rubriques, profils, règles métier, spécificités de convention collective : c'est ce qui coûte cher à reconstituer, pas la donnée Continu
Ne pas empiler les briques du même éditeur par défaut Chaque brique ajoutée est un gain réel de productivité et un cran de plus dans le coût de sortie. Le gain doit être mesuré, pas supposé À chaque décision
Garder une compétence interne sur le flux de paie Savoir comment vos variables entrent dans la paie et en ressortent vous rend transférable. Le contraire vous rend captif Continu
Traiter le choix de plateforme de facturation électronique comme une décision indépendante L'échéance de septembre 2027 va servir de levier commercial. Elle n'oblige pas à prendre la brique de son éditeur de paie À arbitrer d'ici mi-2027

La bonne question à se poser

Ce n'est pas « faut-il partir ? ». C'est « combien coûterait de partir, et est-ce que je connais la réponse ? ». Une entreprise qui peut chiffrer sa sortie négocie. Une entreprise qui ne peut pas la chiffrer subit la grille tarifaire qu'on lui envoie en recommandé le 30 septembre.

Sur la partie technique — extraire vos variables de paie proprement, contractualiser un format d'échange, garder la maîtrise du flux entre votre outil métier et votre logiciel de paie —, j'ai détaillé la méthode dans un article dédié : automatiser l'export de paie vers Silae sans perdre le contrôle du flux.

🚧 Ce que je ne sais pas

Trois zones d'ombre, et je préfère les nommer que les habiller :

  • La saisine de l'IFEC n'a pas de suite publique connue. Annoncée en octobre 2024, je n'ai trouvé à ce jour aucune décision, aucun avis ni aucune ouverture d'instruction rendue publique par l'Autorité de la concurrence. Absence de publication ne veut pas dire absence de dossier — mais je ne peux rien affirmer de plus.
  • Le périmètre exact des « autorités réglementaires » n'est pas détaillé dans le communiqué. Compte tenu de la présence de Shine, des autorisations liées aux services de paiement sont plausibles ; je ne les ai pas vérifiées.
  • Aucun effet tarifaire post-fusion n'est annoncé. Les risques décrits dans cet article — vente liée, dégradation des API vers les concurrents, avantages réservés aux briques du groupe — sont des risques théoriques identifiés par la profession en 2024, pas des comportements annoncés par les éditeurs en 2026.

🎯 En résumé

Non, ce n'est pas un poisson d'avril : c'est l'une des plus grosses opérations du logiciel de gestion français depuis longtemps, et elle se finalise au premier semestre 2027.

Non, ce n'est pas un monopole national de la paie : Sage, ADP, PayFit, Nibelis, ACD, Agiris et d'autres restent des acteurs réels, surtout en entreprise directe.

Oui, c'est un ultra-monopole en cabinet comptable : 68 % des réponses dès 2021 selon l'IFEC, environ 80 % des professionnels selon l'ordre en 2024, sur le segment précis qui alimente la paie des TPE-PME françaises.

Et le point le plus important n'est pas dans le communiqué : le contrôle de l'Autorité de la concurrence a eu lieu en 2020, quand Silver Lake — déjà propriétaire de Cegid — a pris Silae. Ce qui reste ouvert n'est pas le contrôle de la structure, c'est le contrôle des pratiques. Autrement dit, les prochaines années se joueront sur les API, les conditions tarifaires, l'interopérabilité avec les outils non-Cegid et la liberté de ne pas prendre toute la suite. C'est là qu'il faut regarder.

Pour un cabinet, la conclusion opérationnelle tient en une phrase : il reste environ dix-huit mois avant la finalisation pour documenter son paramétrage, chiffrer son coût de sortie et savoir ce que ses exports contiennent réellement. Ce travail ne se fait pas pour partir. Il se fait pour avoir le choix — et c'est la seule chose qui donne du poids dans une discussion tarifaire.

📚 Sources

Chaque chiffre de cet article vient de l'une de ces sources, consultées le 9 septembre 2026. Aucun n'est repris d'un article de synthèse : le dossier IFEC a été téléchargé et son tableau relu directement, la citation de la page 12 est reproduite mot pour mot.

# Source Ce qu'elle établit ici
1 Silae — communiqué du 9 septembre 2026 Tous les chiffres de l'annonce : 10 Md€, 2 M de clients, 15 000 cabinets, 13 M de bulletins, 1 400 développeurs, calendrier S1 2027, dirigeants
2 LeMagIT — 9 septembre 2026 Lecture de l'opération comme réorganisation actionnariale plutôt que fusion entre concurrents
3 IFEC — « Les outils numériques dans les cabinets », mars 2021 Parts de réponses paie (Silae 44 %, Cegid 24 %, challengers 7 % chacun), notes de satisfaction, citation des « près de 70 % », panel d'environ 1 000 répondants, et le précédent de la fin de maintenance Cegid Expert PGI / Quadratus
4 Autorité de la concurrence — décision 20-DCC-102 du 12 août 2020 Autorisation de la prise de contrôle exclusif de Silae par Silver Lake, en procédure simple
5 Assemblée nationale — question écrite n°1160 (22 octobre 2024) et réponse ministérielle du 3 juin 2025 « Plus de 80 % des professionnels » et « plus de 50 % des déclarations sociales », et la position officielle du gouvernement sur les recours disponibles
6 myRHline — 2 octobre 2024 Saisine de l'Autorité par l'IFEC, courrier du 18 septembre 2024, griefs sur les API fermées et les offres tout-en-un
7 RH Matin — révision tarifaire d'octobre 2024 Passage de 2-3 € à environ 7 € le bulletin, concessions du 30 octobre, étalement 2025-2027, et le chiffre d'environ 80 % de part de marché en cabinet
8 Urssaf — effectifs salariés du secteur privé 20,2 millions de salariés du privé fin décembre 2024, dénominateur du calcul des « quatre bulletins sur dix »
9 Cegid — page produit Payroll Ultimate 14 000 entreprises en France, 36 millions de bulletins, position dans le top 3 des producteurs de DSN
10 impots.gouv.fr — guide pratique de la facturation électronique Calendrier officiel : réception obligatoire depuis le 1er septembre 2026, émission pour les TPE-PME au 1er septembre 2027

Sur le rachat de Shine par Cegid en novembre 2025 et sur l'arrêt de Cegid HR Sprint en mai 2026, les éléments proviennent de la presse spécialisée et non d'un communiqué des éditeurs : ils sont signalés comme tels dans le corps de l'article.

Qui écrit ceci

Thomas Bordier, responsable informatique et fondateur de FAC6, en Saône-et-Loire. J'administre Cegid et Silae au quotidien depuis plusieurs années, du côté informatique : comptes et habilitations, dossiers, exports de variables, montées de version, tickets éditeur, et les interfaces entre ces logiciels et les outils métier qui les alimentent. Sept ans de terrain, certifié TSSR et développeur low-code, et mentor sur le parcours Technicien Informatique d'OpenClassrooms.

Ce que je fais concrètement pour des cabinets et des PME : relier deux logiciels qui ne se parlent pas, supprimer les ressaisies entre un outil métier et la paie, remplacer un fichier Excel critique par une application qui tient, et vérifier ce qu'un export contient réellement avant qu'on en ait besoin en urgence. Pas de revente de licences, pas de commission éditeur : je n'ai aucun intérêt à ce que vous restiez, ni à ce que vous partiez.

Cabinet ou PME : savoir ce que coûterait de partir

Je peux cartographier vos flux paie et gestion, ouvrir vos exports pour voir ce qu'ils contiennent vraiment, inventorier ce qui dépend d'une API, et chiffrer un changement d'éditeur. Un état des lieux factuel et écrit, à faire maintenant plutôt qu'en janvier. Premier échange et estimation gratuits, sans engagement.

Cet article n'est ni un conseil juridique ni un conseil en investissement. Il analyse des documents publics. Silae et Cegid sont des marques de leurs détenteurs respectifs ; FAC6 n'est ni partenaire, ni revendeur, ni intégrateur de ces éditeurs.